Le débat entre gestion active et gestion passive (ETF) anime les discussions entre professionnels de la finance depuis des décennies. D’un côté, des gérants de fonds tentent de battre le marché par leur expertise. De l’autre, les émetteurs d’ETF tentent de répliquer le plus fidèlement des indices comme le S&P 500 ou le CAC 40.
Mais alors quelle stratégie est la meilleure ?
Pour trancher ce duel, une étude fait autorité : l’étude SPIVA (S&P Indices Versus Active). Publiée par S&P Dow Jones Indices, elle compare les performances des fonds actifs par rapport à leurs indices de référence.
Les résultats sont généralement sans appel et bousculent les idées reçues sur la stratégie à adopter en bourse.
Gestion active vs gestion passive, en bref
Caractéristique | Gestion Active | Gestion Passive (ETF) |
Objectif | Battre l’indice de référence | Répliquer l’indice |
Sélection des titres | Choix humain (analystes/gérants) | Automatique (toutes les actions de l’indice) |
Frais de gestion | Élevés (souvent 1,5% à 2,5% /an) | Faibles (souvent 0,10% à 0,30% / an) |
Performance vs indice (SPIVA) | ~90% échouent sur 15 ans | Performance identique à l’indice |
Réactivité | Peut vendre en cas de krach | Reste investi en permanence |
Transparence | Portefeuille parfois opaque | Composition connue |
Qu’est-ce que l’étude SPIVA ?
L’étude SPIVA est une étude comparative, qui vise à évaluer si les fonds battent ou non leur benchmark. On entend par benchmark, leur indice de référence.
Exemple : pour un fonds investis exclusivement en actions large caps française, l’indice de référence est le CAC 40.
L’étude SPIVA analyse donc la performance de milliers de fonds investis en bourse. Elle analyse à la fois des fonds américains, mais aussi internationaux, européens ou même des fonds obligataires.
Gestion active : la recherche de l'Alpha (surperformance)
La gestion active repose sur le talent d’un gérant. Son objectif est de générer de l’Alpha, c’est à dire une performance supérieure à celle du marché. Pour y parvenir, il sélectionne des titres spécifiques (stock picking) ou ajuste son exposition selon le contexte économique (market timing).
L’argument de la gestion active est simple : profiter de l’expertise de spécialistes financiers, afin de battre la performance du marché.
En théorie, un gérant peut éviter les secteurs en crise et profiter des opportunités sous-évaluées. Mais dans la réalité, cette expertise a un coût élevé en frais de gestion et de transaction. Ce qui complique fortement la tâche pour battre les indices.
La domination implacable des ETF
Les ETF (Exchange Traded Funds) sont des fonds passifs. Ils cherchent simplement à répliquer le marché. Si l’indice monte de 10%, l’ETF monte de 10%. Cette simplicité permet de réduire les frais de gestion au minimum, souvent en dessous de 0,20 % par an.
Les données SPIVA montrent une tendance implacable : sur le long terme, la majorité des gérants actifs échouent à battre leur indice de référence. Aux États-Unis, sur une période de 15 ans, environ 90 % des fonds d’actions de grandes capitalisations ont sous-performé le S&P 500.
Plus le temps passe, plus l’avantage de la gestion passive se renforce grâce à la capitalisation des frais économisés.
Détail des résultats de l'étude SPIVA la plus récente (2024)
- Aux Etats-Unis : 85,98% des fonds actifs sous-performent le S&P 500
- En Europe: 92,07% sous-performent le S&P Europe 350
- Au Japon: 74,80% sous-performent le S&P Japan 500
- Au Canada: 97,65% sous-performent le S&P/TSX Composite
Résultats obtenus pour un horizon de placement de 10 ans.
Pourquoi les gérants actifs échouent-ils ?
Plusieurs facteurs expliquent cette difficulté. Le premier est mathématique : les frais. Un gérant actif doit battre le marché de 1,5% ou 2% juste pour égaler la performance d’un ETF après frais. C’est un défi colossal chaque année.
Le second facteur est l’efficience des marchés. L’information circule instantanément. Il est devenu extrêmement difficile de dénicher une pépite avant les autres.
Enfin, l’aspect psychologique joue un rôle. Les gérants sont humains et peuvent céder aux biais cognitifs. On parle alors de « behavior gap ». Il s’agit de la différence de performance liée aux prises de décisions, souvent influencées négativement par ces biais comportementaux.
Fonds actifs et gestion pilotée : attention à l’empilement de frais
Si vous êtes client d’une banque traditionnelle, il y a de fortes chances que votre banquier vous propose une assurance vie en gestion pilotée, aussi appelée gestion sous mandat.
Cette approche est rarement une bonne solution, car en plus des frais des fonds actifs (OPCVM) et des frais de gestion sur Unités de Compte de votre contrat, vous ajoutez une troisième couche de frais : les frais de gestion pilotée.
Exemple :
- Vous avez 0,85% de frais sur Unités de Compte
- 2,5% en moyenne sur les fonds sélectionnés
- Et 0,5% de frais de gestion pilotée.
Le total de vos frais s’élève alors à 0,85 + 2,5 + 0,5 =3,85%.
Avec un tel niveau de frais, il devient très difficile de battre un ETF qui en compte 0,20%…
Simulation de l’impact des frais sur la performance :
Exemple pour un investissement de 10 000€ avec une performance brute du marché de 7% par an.
Horizon | ETF (0,2% de frais) | Fonds Actif (2% de frais) | Manque à gagner |
10 ans | ~19 300€ | ~16 300€ | – 3 000€ |
20 ans | ~37 250€ | ~26 500€ | – 10 750€ |
Les exceptions : quand la gestion active garde-t-elle l'avantage ?
Néanmoins, SPIVA révèle que dans certains secteurs spécifiques ou marchés moins efficients, les gérants s’en sortent mieux. C’est le cas pour les petites capitalisations (Small Caps) ou les marchés émergents.
Dans ces zones, l’information est moins accessible. Un analyste terrain peut découvrir des opportunités que les grands indices ignorent.
De même, en période de forte volatilité ou de krach boursier, un gérant peut mettre en place des stratégies comme passer partiellement en cash pour limiter la casse. L’ETF, lui, est contraint de suivre le marché, même s’il descend en flèche.
Toutefois, même sur ces segments, la supériorité de la gestion active reste souvent temporaire et difficile à maintenir sur de très longues périodes (10 ans et plus). Quelques-uns y arrivent tout de même, comme les fonds small caps de William Higgons.
Comment interpréter ces résultats pour investir ?
Pour un investisseur particulier, les conclusions de l’étude SPIVA montrent que choisir des ETF est souvent la meilleure option pour investir en bourse. Il est également recommandé d’adopter une approche DCA (Dollar Cost Averaging) qui limite les décisions émotionnelles, et donc le behavior gap.
Votre stratégie « cœur de portefeuille » devrait donc majoritairement reposer sur des ETF larges et diversifiés (type MSCI World). C’est la garantie de profiter de la croissance mondiale, en réduisant les frais au maximum.
Vous pouvez toujours compléter par un peu de gestion active ou de titres vifs (stock picking), pour le plaisir ou pour tenter de surperformer.
Mais attention : choisir le bon fonds actif est aussi difficile que de choisir la bonne action. Si 90 % échouent, vos chances de sélectionner le « champion » de la prochaine décennie sont statistiquement faibles.
En conclusion : le verdict de l’étude SPIVA
L’étude SPIVA montre que le match entre ETF et gestion active est clairement déséquilibré. Les frais compliquent, en effet, fortement la tâche aux gérants actifs. C’est donc un peu comme jouer un match à 10 contre 11…
Le choix d’une stratégie passive via des fonds indiciels (ETF) est donc l’option à privilégier pour la majorité des investisseurs, en se basant sur les résultats de l’étude. La régularité, la transparence et les frais faibles font des ETF des outils redoutables pour bâtir un patrimoine.
Avant d’investir dans un fonds, comparez systématiquement son historique de performance face à son indice de référence, idéalement sur au moins 10 ans.
Avertissement : le contenu proposé est de nature éducative et générale. Il ne s’agit pas de conseil en investissement au sens des articles L. 321-1 et D. 321-1 du Code Monétaire et Financier. Et encore moins de conseil personnalisé.
L’investissement comporte des risques de perte. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Matthieu Jeannot, fondateur d’Argent Conseil
Diplômé d’un master en banque et finance, certifié AMF, ancien conseiller bancaire et conseiller en gestion de patrimoine.
Mon objectif est de permettre à chacun d’acquérir les connaissances de bases pour gérer au mieux son argent et exploiter tout le potentiel de ses finances.